Mon expérience
Nourrir nos chiens, un choix qui se construit
L’alimentation de nos chiens est un sujet complexe. Entre les modes, les conseils de pseudo-professionnels sur les réseaux sociaux et les avis contradictoires des uns et des autres, chacun y va de son opinion et de ses expériences personnelles. Il est donc parfois difficile de s’y retrouver.
Moi-même, en tant qu’éleveuse de chiens, je suis passée par plusieurs étapes avant de trouver l’alimentation qui me semblait la plus adaptée.
J’ai des chiens-loups depuis plus de dix ans. À cette époque, le BARF commençait tout juste à émerger et il était très difficile d’obtenir des informations fiables. J’ai été induite en erreur et, même les vétérinaires, faute de formation et de recul sur le sujet, ne savaient pas vraiment me conseiller.
Je me suis donc formée seule. J’ai lu, expérimenté et, surtout, j’ai appris à m’entourer de professionnels compétents et spécialisés en nutrition canine.
Aujourd’hui, je suis une routine bien rodée qui me convient et qui convient à mes chiens.
Il fut un temps où je m’étais convertie au BARF. Cependant, je me suis progressivement rendu compte des limites et des carences de cette méthode. Sur les conseils d’un vétérinaire spécialisé en nutrition, j’ai donc choisi d’abandonner le BARF au profit de la ration ménagère pour mes chiens adultes.
En revanche, mes chiots sont nourris avec des croquettes. Pourquoi ? Pendant un temps, je les nourrissais également au BARF. Cependant, comme pour mes chiens adultes, j’ai constaté que cette alimentation ne couvrait pas correctement l’ensemble de leurs besoins nutritionnels.
J’aurais pu choisir la ration ménagère, comme je l’ai fait pour mes chiens adultes. Cependant, contrairement à un adulte, un chiot est en pleine croissance et ses besoins évoluent constamment. Calculer avec précision ses besoins nutritionnels et adapter les recettes de semaine en semaine m’a semblé comporter trop de risques d’erreurs et d’approximations.
Des croquettes de qualité, correctement formulées, offrent une composition stable et précisément équilibrée. Elles constituent, selon moi, la solution la plus fiable pour couvrir les besoins en vitamines, minéraux et oligo-éléments indispensables à la croissance harmonieuse d’un chiot.
À présent, la parole à Jen
Vous venez de lire le retour d’expérience et les choix des Loups d’Amarok. À partir d’ici, l’article est rédigé par Jen, de La Gamelle du Pirate, formée en nutrition canine, qui a gentiment accepté de vous présenter plus en détail les différents modes d’alimentation.
Le regard de Jen
Quel mode d’alimentation choisir pour son chiot ?
Vous avez accueilli votre chiot chez vous ou votre nom est sur liste d’attente chez un super élevage ? Alors la question vous trotte déjà sûrement dans la tête : que va-t-il manger ???
Dans cet article, je vais vous expliquer les différents modes d’alimentation à votre disposition, les avantages et les inconvénients de chacun afin que vous puissiez faire un choix éclairé.
Au fait, « je », c’est Jen, nutritionniste canin passionnée par le fait maison. Pour autant, quand mon propre chiot est arrivé, je l’attendais fièrement avec mon gros paquet de croquettes de 12 kg sans céréales et je n’avais même pas connaissance des autres options possibles. J’ai fait beaucoup d’erreurs avec son alimentation, j’ai cru à beaucoup de bêtises, puis j’ai fini par me tourner vers la science de la nutrition pour enfin comprendre en profondeur ce que je faisais. Et avec cet article, j’espère vous aider à y voir plus clair aussi.
01 — Côté industriel
Deux options pratiques et complètes
Les croquettes
C’est l’alimentation la plus utilisée aujourd’hui, mais aussi la plus controversée. Ultra-transformée, malbouffe, inflammatoire, pas adaptée aux carnivores… on l’accuse de tous les maux. Mais il est important de rappeler qu’à une époque où l’on court dans tous les sens, on est bien contents d’avoir juste à ouvrir et verser.
Son taux d’humidité très bas permet une conservation longue durée une fois le paquet ouvert — entendez deux à trois mois, pas huit… Il s’agit d’une alimentation complète, qui répond donc à tous les besoins nutritionnels du chien. De plus, elle est plutôt écolo car, pour fabriquer une croquette, on va utiliser les restes de l’industrie agroalimentaire humaine plutôt que d’élever spécifiquement des animaux pour nourrir nos animaux. Et malgré tous ces avantages, le prix reste souvent très abordable comparé aux modes d’alimentation qui vont suivre.
Par contre, il faut admettre que les croquettes sont souvent le repas le moins appétissant pour nos chiens.
La pâtée ou le boudin de « ration ménagère toute prête »
Oui, il s’agit de la même chose. Sauf que là où la pâtée fait vieillot, les boudins parlent aux nouvelles générations de dogparents : « Tu veux du naturel et du frais pour ton loulou mais tu ne veux pas passer la journée dans la cuisine ? J’ai ce qu’il te faut ! » Du génie marketing.
Dans les deux cas, il s’agit aussi d’une alimentation complète, souvent plus appétissante que les croquettes. Le coût sera généralement plus élevé et cette alimentation peut être plus contraignante pour des questions de stockage dans le deuxième cas. Et oui, ça se range au frigo pour justifier le côté « frais ».
Attention cependant avec ces nouveaux boudins : leur marketing est très bien ficelé mais les produits sont parfois mensongers et de mauvaise qualité. À l’heure où j’écris ces lignes, on entend parler de bouts d’os et de morceaux de métal retrouvés dans une gamelle, ou d’alimentation recommandée par une vétérinaire générée avec l’IA…
Mon avis sur l’industriel
Le plus grand inconvénient, selon moi, est le manque d’informations et de transparence sur la composition. Impossible de savoir réellement ce qu’il y a dedans — pas de beaux filets de poulet, je vous assure — et en quelle quantité. Résultat : si le chiot ou le chien ne tolère pas son alimentation, il devient très compliqué d’identifier un coupable car, en changeant de paquet, on change absolument tout en même temps, de la composition à la digestibilité.
Cependant, quand on fait confiance aux bonnes marques — souvent les marques vétérinaires —, c’est une alimentation complète, maîtrisée et scientifique, et surtout à la portée de tous : vous n’avez pas besoin de comprendre les rouages compliqués de la nutrition canine pour bien nourrir votre chien.
Je trouve aussi qu’avec l’arrivée de la petite boule de poils, le quotidien est déjà bien assez chamboulé et l’alimentation peut devenir un poids énorme. Ne culpabilisez pas de donner des croquettes, facilitez-vous la vie. Si vous tenez vraiment à une alimentation plus « naturelle », vous aurez tout le temps dans un an ou deux. Ou cinq !
Avec l’industriel, il faut absolument faire attention au marketing. On aime nos animaux et, s’il y a de l’amour, il y a de l’argent à se faire. Et s’il y a de l’argent à se faire, il y aura des gens pour en profiter. Essayez de prendre du recul sur les belles promesses que les nouveaux industriels du petfood vous font.
02 — Côté fait maison
Deux options qui demandent de la précision
La ration ménagère
La plus facile à préparer : il « suffit » de viande, de légumes, d’huile et d’un complément avec tous les minéraux et vitamines, appelé CMV. Il est aussi possible d’ajouter des féculents. La ration ménagère est souvent recommandée par les vétérinaires si vous cherchez à cuisiner pour votre chien. À juste titre, puisqu’un CMV bien formulé — et dans les bonnes quantités — apporte tous les minéraux et vitamines nécessaires au bon fonctionnement du chiot et à sa croissance.
Tant d’avantages ne viennent pas seuls ! Le beurre, l’argent du beurre, tout ça… Dans le cas de la ration ménagère, c’est souvent le prix qui sera un frein puisque le CMV coûte assez cher — comptez une trentaine d’euros par mois pour un chien de 20 kg — et, sans surprise, la viande demande aussi un certain budget.
Il y a une autre chose dont on parle moins souvent : techniquement, le fameux CMV doit fonctionner pour tous les chiens, de toutes tailles, et quels que soient les ingrédients utilisés. Souvent, il ne permettra donc pas de faire une alimentation parfaitement équilibrée et sur mesure.
Le BARF / Prey Model
Alors que la ration ménagère souffre d’une image très « mémère qui cuisine pour son Kiki », l’alimentation crue connaît un réel engouement. Et pour cause : il s’agirait de l’alimentation parfaite. Comprenez « 100 % naturel » et « adapté à ses besoins de carnivore ».
Dans le cru, on va chercher à imiter ce que mangerait un loup dans la nature, soit une proie avec ses cuisses crues, son squelette, ses organes… Concrètement, cela se traduit par du muscle, des os charnus — de l’os avec la viande crue encore attachée dessus —, du foie et un deuxième abat. Il y a ensuite des variations selon les courants. Cependant, le BARF n’est PAS une alimentation complète et non, il ne suffit pas de varier pour créer un équilibre sur la durée.
C’est d’autant plus complexe avec un chiot car son organisme n’est pas tout à fait terminé — les parents d’humains me comprendront — et il n’assimile pas les nutriments de la même façon. De plus, ses besoins diffèrent totalement, et pas proportionnellement, de ceux du chien adulte. Impossible de gérer cela en augmentant simplement tous les ingrédients de 2, 6 ou 10 %.
Mon avis sur le fait maison
Difficile pour moi d’être objective vu qu’il s’agit de mon sujet de cœur, mais je vais faire au mieux. Cuisiner pour son chiot ou son chien sans nuire à sa santé n’est pas aussi simple que l’industriel. Cela demande des connaissances précises en nutrition canine et un outil de formulation — pas un calculateur en ligne gratuit — pour s’assurer que tous ses besoins sont bien couverts. Et non, votre chien plein d’énergie au poil brillant n’est pas un bon indicateur de sa santé.
Mais à cœur vaillant, rien d’impossible ! Je me suis personnellement lancée dans l’aventure sans vraiment savoir ce qui m’attendait et sans aucune expérience passée dans le milieu scientifique ou animalier. Si j’y suis arrivée, je vous assure que vous pouvez aussi. C’est d’ailleurs ce que j’enseigne à mes élèves.
Et si vous n’avez aucune envie d’apprendre vous-même, contactez une nutritionniste canin qui formulera pour vous une recette accompagnant harmonieusement la croissance de votre chiot. (Spoiler : sérieusement, restez aux croquettes pendant cette période, c’est plus simple et moins cher.)
03 — En pratique
5 questions fréquentes sur l’alimentation des chiots
01Quand passer sur une alimentation adulte ?
Dans l’idéal du meilleur monde : quand il a totalement fini sa croissance. Cependant, on considère qu’on peut passer sur une alimentation « adulte » quand le chiot a atteint au moins 80 % de son poids adulte. Selon les races, ça peut largement varier entre 6 et 18 mois, voire plus. Je vous conseille d’en parler plutôt avec votre vétérinaire traitant.
02Je peux donner des croquettes ALS (All Life Stages : tous stades de vie) ?
L’idée paraît excellente : une fois qu’on a trouvé LA croquette, on reste dessus et on ne se prend plus jamais la tête. Mais en théorie, les besoins d’un chiot et d’un chien sont différents donc je ne vois pas comment ce serait possible. Et en pratique, il faudrait analyser en détail les compositions au cas par cas. Personnellement, je conseillerais d’éviter à moins d’avoir accès à toutes ces données… et de savoir comment les analyser.
03J’ai lu qu’un chien n’avait pas besoin de glucides…
C’est vrai, les glucides ne sont pas un besoin essentiel du chien. Mais quand on dit « glucides », on pense surtout au sucre blanc ou aux céréales et au scandale des mycotoxines d’il y a quelques années. En réalité, la famille des glucides comprend aussi les fruits et les légumes, qui sont riches en phytonutriments, nourrissent le microbiote et améliorent le transit. Oui même chez nos carnivores. Côté céréales, ou plus exactement les amidons, ils sont une source directe de glucose, alimentation principale du cerveau. Sans glucides, le corps va utiliser les protéines qui ont déjà bien du travail à elles. Alors pourquoi s’en priver ?
04Et pour les friandises et mastications ?
Qui dit « chiot » dit aussi beaucoup de travail. Éducation, renforcements, apprentissage de la solitude, de la propreté, de votre quotidien… Forcément, ça peut demander beaucoup d’à-côté. Cependant, l’alimentation du chiot est cruciale car les conséquences peuvent arriver bien plus tard, une fois à l’âge adulte, et elles peuvent parfois être permanentes. Le plus possible, on essaie de donner une alimentation complète. On peut en retirer jusqu’à 10 % et donner des friandises à la place, pas plus. Pour les mastications, préférez des choses pas trop dures pour éviter de casser les dents — ça vaut aussi pour les adultes — et limitez-les à une ou deux par semaine.
05Comment faire une transition ?
Zen, votre chiot vient d’arriver chez vous, il a perdu toute sa famille et il ne vous connaît pas. Il y a de très fortes chances que son transit en soit tout chamboulé. Laissez-le trois à quatre semaines sur l’alimentation fournie par l’élevage — sauf si c’est du BARF, là il faut changer rapidement pour une alimentation complète — puis commencez doucement la transition vers ce que vous avez choisi. Quel que soit l’ancien et le futur mode d’alimentation, une transition est nécessaire.
Selon les chiots, vous pouvez faire 75 % de l’ancien et 25 % du nouveau, puis 50/50, puis 25/75. Pour d’autres, il faudra beaucoup plus de paliers, comme 90/10, puis 70/30, puis 50/50, etc. Prenez le temps, ralentissez si le chiot fait des selles trop molles et adaptez-vous. Pour certains chiots, la transition peut se faire en quelques jours. Pour d’autres, ça peut prendre des semaines. Vous pouvez commencer à vous poser des questions si vous êtes sur un palier depuis une semaine et que les selles ne s’améliorent pas du tout. P.-S. : votre vétérinaire est votre meilleure amie !
04 — Avant de se quitter
Garder du recul face aux promesses
L’alimentation de nos chiens a pris une place énorme dans nos quotidiens de dogparents. Tout le monde en parle et tout le temps. Si le chien se gratte, c’est forcément alimentaire. S’il fait des crottes molles, c’est à cause de ses croquettes. S’il a des problèmes de comportement, il suffit de changer X ou Y dans ses repas.
Bien sûr qu’une alimentation saine est l’un des piliers principaux de la santé. Mais il faut comprendre aussi que l’alimentation est le seul pilier sur lequel VOUS pouvez agir concrètement. Pas la personnalité de votre chiot ni sa génétique. C’est donc aussi le seul pilier sur lequel on va pouvoir profondément vous manipuler… et vous faire croire n’importe quoi.
Faites attention à ce que vous lisez, exigez de vraies formations en nutrition canine et des sources scientifiques, pas de la propagande alarmiste avec un storytelling en béton.
Cet article fournit des informations générales et ne remplace pas l’avis personnalisé de votre vétérinaire, notamment en cas de problème de santé ou de croissance.